Le monument qui fâche

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Sur la place de la liberté à Budapest, un petit chantier de quelques mètres carrés. Un protestataire a écrit au spray sur la toile : “Pas de monuments nazis, ni ici, ni ailleurs !”

Derrière les bâches, des ouvriers font des travaux de fondation pour accueillir le futur “Mémorial de l’occupation allemande” commandé par le gouvernement. Le futur monument, qui représentera un aigle allemand fondant sur un archange (symbole de la Hongrie innocente) a suscité une vive opposition. Mazsihisz, l’Association des Juifs de Hongrie (environ 120.000 personnes ) a décidé de boycotter les cérémonies officielles du 70ème anniversaire de l’holocauste.
(http://www.liberation.fr/monde/2014/01/24/le-gouvernement-hongrois-accuse-de-minimiser-la-shoah_975037)

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Avant le démontage. Les participants se relaient sur la chaise ; leur attitude symbolise l’attente du dialogue avec le gouvernement.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Botond Dori, 23 ans, un jeune allemand d’origine hongroise qui travaille à Budapest, vient presque tous les jours. “Ce monument veut accréditer l’idée que la Hongrie n’a rien fait, que les nais allemands sont responsables de tout ; ils veulent réécrire l’histoire avec ce monument, ici, dans le centre historique de la ville. C’est un scandale.”

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Tout le monde s’y met. Les protestataires défont la structure sans rien abîmer – sinon ils sont passibles de poursuites.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Borbala Klazsmann, 30 ans, historienne, défait les écrous. “Je viens tous les jours, c’est un devoir d’être là, je ne peux pas laisser passer cela sans rien faire.”

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Une fois le chantier démonté, la jeune historienne colle sur le muret de béton les documents qu’elle apporte tous les jours. Les ouvriers les enlèvent chaque matin, et elle les recolle chaque soir. “J’apporte des photos et des documents : des lettres de Hongrois qui ont écrit à leur mairie pour demander des appartements qui appartenaient à des juifs, les listes des trains qui sont partis de Hongrie pour aller, via Kassa (aujourd’hui Kosice en Slovaquie) jusqu’à Auschwitz et Birkenau, avec le nombre de victimes à bord.”

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Il y a aussi une photo de l’amiral Horthy, régent de Hongrie de 1920 à 1944, lors de sa rencontre avec Hitler. Au final, c’est une exposition improvisée.OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Un protestataire a fabriqué une affiche caricaturale. La légende dit : Le Fidesz (parti du premier ministre Viktor Orban) a lâché la bride au Jobbik (parti d’extrême-droite). Ne fuis pas, lutte !

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Les participants replacent soigneusement les petits galets – dans la religion juive, on les pose sur les tombes, comme un message d’adieu au défunt – qu’ils avaient apportés lors de la première manifestation sur le site. Le matin, les ouvriers les enlèvent et les mettent dans un container à quelques mètres de là. Le soir, les citoyens vont les rechercher.
Tout le monde sait que le monument finira par être édifié. Mais les quelques dizaines de résistants ne veulent pas accepter cela sans rien faire et tiennent à leur action quotidienne qu’ils qualifient de désobéissance civile.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*